L'Europe, l'école au service de la finance!

L'Europe, l'école au service de la finance!
Le capitalisme étant la pierre d'achoppement des dirigeants européens actuels, tout est donc mis en œuvre pour imposer, promouvoir l'ultralibéralisme. On ne peut que le constater par l'insistance profonde, l'utilisation de méthodes à la limite du politiquement correct pour imposer le Traité de Lisbonne entre autre, ce qui ne nous étonne plus quant à l'esprit non pluraliste animant les instances européennes. Tout est bon pour faire la "réclame" du système capitaliste.

Donc on voit des directives, des propositions sans cesse plus ultralibérales les unes que les autres assoir les fondements du capitalisme. Mais la dernière invention en date qui sous un aspect salvateur, comme pour éviter le surendettement des ménages, est la promo des banques faite par l'intermédiaire de l'école primaire !

Effectivement, dans un rapport d'initiative, Iliana Iotova (PSE, BG) préconise de débuter l'éducation financière à l'école primaire et poursuivie dans des tranches d'âge déterminées. Ceci étant copié sur les USA où il est monnaie courante de voir une éducation financière dans les écoles.

D'abord on peut s'étonner de cette initiative puisque l'éducation ne fait pas partie des compétences de l'Europe, restant l'une des prérogatives des états membres. Cela étant dit, rien n'est surprenant venant de la part de gens pour lesquels tous les moyens sont bons pour imposer le capitalisme.

En second, on peut imaginer que la députée Iotova visait en premier lieu son pays la Bulgarie qui est celui le moins bancarisé de l'UE ; la moitié des adulte n'ayant pas de compte bancaire. Néanmoins cela n'empêche pas ces gens là de faire commerce comme s'il était indispensable de passer par les dictats des banquiers pour faire tourner les économies. Malheureusement cette idée préconçue fait de plus en plus comme une sorte d'obligation, en somme une jurisprudence que l'on va conforter en inculquant cette idée dès la plus tendre enfance. Par conséquence les méthodes appliquées à ce cas particulier pourraient être généralisées dans toute l'UE, ce qui d'ailleurs est prévu dans le rapport d'initiative.

On voit donc par quels stratagèmes les dirigeants européens impose le capitalisme...

Nous ne voulons pas de cette Europe de marchands et de banquiers !

Michel MENGNEAU
[ Ajouter un commentaire ] [ Aucun commentaire ]

# Posté le samedi 29 novembre 2008 09:15

Sarko s'attaque à la Recherche française

Sarko s'attaque à la Recherche française
Le Conseil d'administration du CNRS du 27 novembre semble devoir entériner définitivement la casse du Centre en instituts et la mise en cause globale du fonctionnement du CNRS depuis des décennies.

C'est le directeur sortant des National Institutes of Health (NIH) des Etats-Unis Elias Zerhouni, qui sert de fer de lance à cette opération. Le rapport du Comité d'évaluation de l'AERES (Agence d'Evaluation de la Recherche et de l'Enseignement Supérieur) sur l'INSERM qu'il a présidé réclame la création d' « un seul institut national pour le financement de la recherche en sciences de la vie et de la santé ». Cet institut unique « ne doit pas avoir de responsabilités opérationnelles qui devraient être confiées aux établissements universitaires ». A leur tour, pour survivre, les universités devront se mettre au service du secteur privé. C'est la démolition planifiée de la recherche publique française.

Une copie conforme du prétendu « modèle US » dans la recherche et l'enseignement supérieur qui a largement contribué à plonger les Etats-Unis dans l'actuelle crise économique.


Après presque trois décennies de reaganisme, Barack Obama, soutenu par de larges secteurs des milieux d'affaires, dresse entre autres ce bilan de la décadence de la superpuissance US : « the U.S. annually imports $53 billion more in advanced technology products than we export. China is now the world's number one high technology exporter. This competitive situation may only worsen over time.... Qu'il s'agisse de l'éducation, des universités ou de la recherche scientifique, le déclin des Etats-Unis est évident et découle directement du fonctionnement institutionnel des trois dernières décennies.

C'est le moment choisi par l'actuel gouvernement français pour copier, au prix d'une énorme casse, le prétendu « modèle » (prétendu par qui, d'ailleurs ?) que même les capitalistes US désavouent.
[ Ajouter un commentaire ] [ Aucun commentaire ]

# Posté le samedi 29 novembre 2008 09:13

Appel à la résistance citoyenne contre le fichage des enfants

Appel à la résistance citoyenne contre le fichage des enfants
Directrices, directeurs d'écoles, nous ne mettons pas et nous ne mettrons pas en place l'application dite « Base élèves ».

Directrices, directeurs d'écoles, ayant renseigné « Base élèves » par nécessité de service, nous bloquerons dès à présent les remontées de données de nos écoles.

TOUTES ET TOUS, NOUS DEMANDONS L'ARRET DE L'APPLICATION "BASE ELEVES"

ainsi que la destruction de toutes les données déjà collectées.

En tant qu'enseignants, nous ne sommes pas réfractaires par principe aux technologies nouvelles de la communication. En revanche, lorsque nous les utilisons, c'est à titre pédagogique ou à titre administratif, en utilisant des outils de gestion informatique dont les données sont internes à l'établissement et sont détruites régulièrement par nos soins. Nous refusons d'utiliser un fichier national centralisé et partageable dont nous ne pouvons prévoir l'évolution future.

En tant que responsables d'enfants et fonctionnaires d'état, nous ne voulons pas être instrumentalisés par le ministère de l'Éducation nationale afin d'attribuer un identifiant national (INE) à chaque élève sans l'autorisation de leurs parents et sans aucun débat démocratique. Nous refusons de participer à l'établissement d'un répertoire national d'immatriculation des élèves permettant de conserver des données pendant 35 ans.

En tant que directeurs d'école, nous ne pouvons cautionner la mise en place opaque d'une base de données ne prenant jamais en compte l'information aux parents d'élèves et les objections citoyennes des directeurs d'école. Nous refusons que le fichage de mineurs soit considéré comme une formalité administrative.

En tant que citoyens, nous ne pouvons accepter que pour appuyer l'implantation puis le passage en force de cette application informatique, l'administration n'hésite pas à user de menaces de sanctions ou de sanctions effectives (retrait de salaire) à l'encontre de directeurs. La publication d'un arrêté ministériel sur Base élèves le 1er novembre 2008, soit quatre ans après le début de l'expérimentation et alors que la majorité des élèves se trouvaient déjà répertoriés, n'affaiblira pas notre position. Nous refusons la pression administrative sur les directeurs d'école dont les missions ne peuvent être orientées vers une saisie de données qui les rendrait acteurs d'un contrôle social de la population.

La demande d'immatriculer nos élèves et d'utiliser Base-Élèves entre profondément en conflit avec notre éthique professionnelle et notre morale personnelle. Nos objectifs, comme enseignants, sont d'aider des individus à se construire à travers leurs apprentissages, de les aider à devenir des personnes autonomes et responsables. Nous demandons l'application d'un principe de précaution et la reconnaissance d'un droit à l'objection de conscience.

Vu la menace d'une altération de la confiance entre les familles et les enseignants,

Nous, directrices, directeurs, dont la vigilance avait permis de rester en retrait de l'application Base élèves, Nous, directrices, directeurs, abusés par des arguments fallacieux de l'administration ou contraints par des pressions de tout ordre, nous avons décidé de sortir de l'anonymat pour demander solennellement et d'une seule voix l'abrogation totale et définitive de toutes les mesures liées à Base élèves et l'effacement, sous couvert d'une autorité indépendante, de toutes les données déjà enregistrées.
[ Ajouter un commentaire ] [ Aucun commentaire ]

# Posté le samedi 29 novembre 2008 09:01

11 septembre : réaction à chaud de Michel Collon

Ce 10 septembre, la télévision belge RTBF a diffusé une curieuse émission : « 11 septembre: nous a-t-on caché la vérité? - Bloggeurs et journalistes: la guerre de l'info ? »

Nous encourageons chacun à la visionner (elle passera sans doute sur TV5 Monde ?). Car elle pose des questions fort actuelles, qui interpellent toute démarche d'info citoyenne. Malheureusement, pour des journalistes qui ont mis en avant le sérieux et la déontologie, on ne peut pas dire qu'ils les aient eux-mêmes respectés. L'émission s'appelant Questions à la Une (beaucoup mieux inspirée d'habitude et même courageuse parfois), c'est donc le moment de leur adresser ces « Questions à la Une »...

Question 1 : Est-il déontologique de réduire tous ceux qui se posent des questions sur le 11 septembre à des fous obsédés, antisémites et manipulés par l'extrême droite, comme l'a fait l'émission ? Beaucoup de gens dans le monde, notamment des scientifiques, des journalistes réputés et des gens de gauche, mettent en doute la version officielle de l'administration Bush.

Par exemple, sur l'effondrement du troisième bâtiment, j'ai entendu des avis de physiciens dans un sens et dans l'autre. N'ayant pu consacrer à une question aussi complexe le temps qu'il faudrait pour me faire un avis personnel, je ne me suis jamais prononcé. Je n'ai pas été convaincu par les arguments de ReOpen ni ceux de Thierry Meyssan. Mais la version officielle présente de nombreuses incohérences. Ce que j'apprécierais, c'est qu'il y ait un débat sérieux, avec échange des arguments entre partisans des diverses thèses afin que le public puisse se faire une opinion.

Je suis agacé par les super - conspirationnistes qui voient des complots partout. Mais l'acharnement de la RTBF contre tous les blogueurs (voir plus loin) m'a fait l'effet d'une super - théorie du complot. Ce matin, 11 septembre, le quotidien belge Le Soir publie un dossier de deux pages, beaucoup plus équilibré que la RTBF, sur les doutes raisonnables qui entourent la version officielle de l'administration Bush.

Question 2 : Est-il déontologique de passer sous silence la troisième hypothèse ? En 2003, le chercheur belge Peter Franssen publiait 11 septembre : Pourquoi ils ont laissé faire les pirates de l'air ? Il relevait les invraisemblances manifestes de la version Bush. Et il émettait une hypothèse que je trouve intéressante. Des services secrets US et sans doute certains responsables politiques US (pas Bush personnellement bien sûr, c'est une marionnette) auraient été au courant qu'un attentat se préparait (il y avait eu beaucoup d'avertissements venant de services étrangers). Ils auraient laissé faire car ils avaient besoin d'un nouveau Pearl Harbour. Et pourquoi ?

Parce que l'administration Bush avait élaboré un programme (intitulé Project for a New American Century) de recolonisation brutale de régions stratégiques, liées au pétrole, qu'elle avait besoin de prétextes pour envahir l'Irak et l'Afghanistan (et d'autres pays encore), que l'administration Bush à ses débats patinait lamentablement et que le 11 septembre a été une aubaine pour ces gens-là.

Le 11 septembre 2001, à 18 h 40, à peine dix heures après les attentats, Donald Rumsfeld, ministre US de la Guerre, interpelle un sénateur démocrate : « Ce qui s'est passé aujourd'hui suffit-il à vous convaincre que ce pays doit, de toute urgence, accroître ses dépenses pour la défense et que l'argent pour financer ces dépenses militaires doit être prélevé, si nécessaire, dans les caisses de la Sécurité sociale. »

« Si nécessaire » ? Quelle hypocrisie ! Rumsfeld sait très bien que l'argent ne peut venir que de la Sécu. Et c'est sur cet argent que, depuis longtemps, il compte faire main basse pour enrichir le complexe militaro-industriel (dont il fait lui-même partie) !

Tout ça fournit un mobile, au moins pour l'hypothèse n° 3, mais ne fournit pas de preuves, reconnaissons-le. Voilà pourquoi une enquête objective serait tellement nécessaire. Des millions de gens n'ont-ils pas été victimes de la prétendue 'guerre contre le terrorisme' ? Alors que les talibans offraient de livrer ben Laden et que Bush a refusé ! Ca ne pose toujours pas de questions à nos courageux journalistes ? Il est vrai que quelques mois plus tôt, Questions à la Une avait essayé de démolir le film de Michaël Moore avec des arguments assez lamentables également.

Le vrai courage en télé serait d'investiguer sans tabous sur les dessous de la « guerre contre le terrorisme ».

Question N° 3 : Est-il déontologique d'attaquer Internet et les blogueurs, tous dans le même sac ? Oui, il y a sur Internet des fous et des obsédés. Comme dans la société réelle. Oui, Internet augmente leur impact et crée des risques. Mais est-il honnête de ne présenter d'Internet que le pire, des blogueurs farfelus ou suspects, et de censurer le meilleur ? Les images finales de l'émission : un faux JT RTBF, présenté par son vrai présentateur, qui qualifiait Internet de 'insultes à gogo' et de défoulement étaient d'une incroyable bassesse.

Cette fois, Questions à la Une a employé les pires procédés. Pour réfuter les critiques adressées aux médias traditionnels, on les caricature grossièrement. Alors que des auteurs sérieux comme Chomsky, Ramonet, Bricmont Morelli, Geuens et d'autres ont publié des travaux sérieux avec des preuves sur des médiamensonges précis, travaux que la RTBF ignore soigneusement, c'est devenu dans l'émission, je cite : « Tous les journalistes seraient pourris, payés pour cacher la vérité alors que les internautes seraient tous indépendants ». N'est-ce pas une caricature grossière !

Les critiques ne défendent pas cette thèse. Par exemple, dans mon livre Attention, médias (Les médiamensonges de la guerre du Golfe), j'avais, comme Chomsky, présenté une analyse en termes de système des médias. L'émission n'a pas cessé de confondre 'médias' et 'journalistes'. Or, ce ne sont pas les journalistes qui décident, ce sont les patrons des grands médias. Dont la majorité représente une catégorie sociale très limitée puisqu'il faut être milliardaire pour posséder une télé ou un empire de presse.

La question-clé dans la guerre de l'info, c'est en effet la question du pouvoir sur les médias. Les médias des multinationales Lagardère, Berlusconi, Murdoch et Cie ne sont pas des 'informateurs', ce sont des armes de guerre économique et politique. Et malheureusement, les médias publics ont de moins en moins d'indépendance, autocensurés par le poids énorme de la publicité des multinationales et par les complicités au sommet avec les mêmes milieux économiques et politiques.

La différence n'est pas entre info Internet ou pas Internet. De nouveaux médias, commerciaux, se lancent aussi sur Internet et ils sont également soumis aux mêmes règles de concurrence, de course à la rentabilité et à la pub, de production rapide, de non vérification. La différence est entre info marchandise (soumise à la pub) ou info citoyenne (mais avec des critères de rigueur). Internet offre de nouvelles possibilités. Nous y reviendrons dans un prochain texte.

Question n° 4 : Pourquoi avez-vous escamoté la question essentielle ?
L'émission constate : « Sur Internet de plus en plus de citoyens engagés font concurrence aux journalistes traditionnels ». Elle ne cesse de se lamenter sur la 'perte de confiance' envers les médias traditionnels. Puis, elle se lance dans un plaidoyer de mauvaise foi pour discréditer les internautes et restaurer le prestige de la carte de presse.

Mais vous avez escamoté la question essentielle : d'où provient cette perte de confiance ? Pourquoi les gens ne croient-ils plus automatiquement ce qu'on leur raconte à la télé ? Voilà la question intéressante, non ?

Un élément de réponse ? A chaque grande guerre, l'opinion publique a été manipulée par des médiamensonges. Les gouvernements et les armées engagent des dizaines de 'spin doctors', spécialistes de l'intox. Comment avez-vous réagi ? Avez-vous lancé une grande enquête, un grand débat ? Avez-vous été plus prudents dans vos JT en donnant aussi la parole aux critiques, en faisant appel à la prudence, en rappelant les manipulations passées ?

C'est le moment d'ajouter un témoignage personnel. On me demande souvent (sur Internet, désolé !) comment les médias réagissent à mes travaux sur les médiamensonges. Et pourquoi on ne voit pratiquement jamais à la télé des travaux comme les miens. J'en profite pour répondre à tout le monde sur ce point. Il faut distinguer deux périodes...

Mon premier livre sur les médiamensonges du Golfe, paru en 1992, a été censuré par Le Soir, Le Monde, Libération, et les télés françaises (faut dire qu'ils y étaient pris la main dans le sac), mais pas par la RTBF bien que celle-ci ait également été critiquée. Ce fut une exception remarquable. Entre 92 et 94, j'ai été invité à plusieurs émissions, on a même publié ma contribution dans la revue interne de la RTBF et les discussions étaient très positives. Plus tard, j'ai aussi eu l'occasion de participer à trois débats de feu L'Ecran - Témoin ou Lieu Public. Mais par la suite, ces émissions de véritables débats sont passés à la trappe, et les gens comme moi sont persona non grata à la RTBF également. Pressions politiques ?

Question n° 5 : Les médias publics ne devraient-ils pas se différencier ?
Finalement, comment juger cette émission ? Certes, on peut comprendre l'agacement des journalistes honnêtes qui n'aiment pas de se faire traiter de pourris. Mais leur émission n'ouvrait pas un vrai débat, il le refermait. En effet, pour nous aussi, journalistes alternatifs sur Internet, la fiabilité de l'info qui circule sur le Net pose de vrais problèmes. Mais il existe des critères pour trier le vrai du faux. Nous y reviendrons dans de prochains courriers.

La RTBF a produit non pas une émission pour débattre, mais une attaque en dessous de la ceinture, inspirée par la panique. Comme les quotidiens, la télé est en crise, ses revenus publicitaires sont concurrencés par le média qui monte : Internet. Brandir la carte de presse officielle comme un sésame garantissant l'infaillibilité était pathétique, quand on pense à tous les médiamensonges qui ont été relayés (et parfois même produits) par des journalistes avec carte.

La frilosité de la RTBF s'explique-t-elle par la crainte de perdre de l'audience, et donc des recettes publicitaires ? Je suis convaincu qu'une télé publique qui jouerait le jeu et qui mènerait des investigations sans tabous sur les médiamensonges, retrouverait au contraire sa crédibilité. Les gens sont attachés à la qualité de l'info qu'on leur donne, c'est pour ça qu'ils passent de plus en plus de temps à chercher sur Internet.

Le service public veut sauver sa peau ? Il aurait un rôle à jouer. Ca passe par la suppression de la publicité, le relèvement des dotations publiques (peut-être par un impôt sur la pub justement), la lutte contre la mainmise des partis dominants sur la télé (comme sur la Justice et d'autres services publics).

Et par le développement d'un vrai débat sur les médiamensonges et la qualité de l'info. Avec des citoyens traités en adultes et pas en consommateurs passifs.

Chiche ?

MICHEL COLLON
11 septembre 2008
[ Ajouter un commentaire ] [ Aucun commentaire ]

# Posté le lundi 15 septembre 2008 13:09

Brèves notes à propos de l'empire

I
Rares sont ceux qui ont consacré quelques minutes à essayer d'expliquer pourquoi tant de gens ont spontanément célébré l'attentat terroriste du 11 septembre 2001 à New York. Ces réactions ont eu lieu dans des quartiers populaires du Brésil, d'Algérie, ou de France.
Enfin, disaient les personnes interrogées, celui qui donne les coups en avait reçu un. En réalité, c'était la deuxième fois que cette nation était attaquée.
Bien qu'on tente de le nier ou de le cacher, il semble que c'est depuis cette date qu'Al Qaida, l'organisation présumée responsable, et son leader, Osama Bin Laden, sont les héros de nombreux pauvres dans le monde, quelle que soit leur croyance religieuse.
Au même moment, le discours officiel essaie de convaincre que les Arabes, lorsqu'ils ne sont pas émirs, sont potentiellement des terroristes.

II

Le 9 mars 1916 à l'aube, 400 hommes dirigés par le révolutionnaire mexicain Pancho Villa, passèrent la frontière. Ils attaquèrent et détruisirent pratiquement la localité de Colombus au Nouveau Mexique, siège du Camp Militaire Furlong. Dix-neuf soldats trouvèrent la mort. C'était en représailles à l'appui que les Etats-Unis apportaient au gouvernement combattu par les insurgés. Ce fut la première attaque étrangère sur le territoire étasunien. En réplique, et pour capturer Villa, 26.000 soldats étasuniens et un escadron d'avions pénétrèrent, en trois mois, au Mexique. Ils rencontrèrent une ardente résistance populaire qui força les envahisseurs à se retirer. Mais, même si Villa resta en vie, son image et celle des autres révolutionnaires commencèrent à être allègrement bafouée : ils n'étaient rien d'autre que des bandits et des criminels. Ce fut peut-être l'une des premières campagnes de diffamation qui fit le tour du monde. Le mythe dégradant du macho latino vient même de là. Et pourtant, le peuple continue de chanter les exploits du héros Pancho Villa, et pas seulement au Mexique.

III

Ils étaient convaincus que Cuba leur appartenait par la Grâce Divine, c'est pourquoi elle n'avait pas le droit de se révolter. Ils préparèrent donc une invasion qui se termina en désastre : la force mercenaire étasunienne fut défaite en moins de 70 heures. C'était en avril 1961. Kennedy, le « bon »président devint presque fou de rage devant l'« humiliation », selon ce que raconte dans ses Mémoires, Bill Colby, l'ex-patron de la CIA. C'était la première fois que ses troupes, désormais habituées à envahir, étaient vaincues. Et tandis qu'une autre invasion se préparait, les plans pour assassiner Che Guevara, Raul et Fidel Castro allaient également bon train. C'est dans ce but que Kennedy alla même jusqu'à pactiser avec la Cosa Nostra, ainsi que le prouvent les enquêtes menées par la Commission Church du Sénat. Les premières tentatives furent menées contre Raul, mais c'est Fidel qui devint rapidement l'objectif numéro un. On sait depuis peu que la CIA a préparé environ 600 complots contre lui. Par sa soif de sang et de vengeance, Washington a contribué à rendre Fidel et la Révolution invincibles.

IV

Juillet 1979. Les guérilleros sandinistes arrivent au pouvoir au Nicaragua, après avoir renversé la dictature de Somoza. Le président Reagan déclare solennellement que cette révolution est le principal problème de sécurité pour son pays. Il crée alors une force mercenaire, la « Contra », pour mener la guerre. Les eaux des ports « nicas » sont minées et, pour la première fois, le Tribunal International de Justice condamne une nation pour action terroriste. Reagan se moque publiquement de cette décision. Quand le Congrès interdit l'aide militaire à la Contra, le vice-président Bush trouve la solution. En 1986, le scandale éclate : la Maison Blanche vendait des armes à l'Iran, alors en guerre contre l'Irak, et armait la Contra avec les gains de cette vente. C'était l'incompréhension générale : l'Iran était un pays ennemi, le « Grand Satan », comme le disait quotidiennement Reagan. L'orage était en train de se calmer, lorsqu'en avril 1989, la Commission Kerry, du Sénat, présente un rapport démontrant que le trafic de drogue était fondamental dans cette guerre. On y lit : « Des fonctionnaires de haut niveau dans la détermination de la politique [antisandiniste] n'étaient pas réfractaires à l'idée que l'argent de la drogue était la solution parfaite aux problèmes de financement de la Contra. » Aidé par une incessante campagne médiatique, Bush père était l'homme qui dirigeait une force spéciale supposée « combattre » le narcotrafic.

V

Alors que tout donnait à penser qu'il finirait par être jugé pour le financement illégal de la Contra, Bush père, désormais président, envahit le Panama et massacra cinq mille personnes. Le prétexte en était la capture, pour narcotrafic, de celui qui avait été son ami et aussi salarié de la CIA : le dictateur Manuel Noriega. En 1992, en graciant les six hauts fonctionnaires, les seuls condamnés pour l'Iran-Contra, Bush dira : « Qu'ils aient eu raison ou tort, c'est le patriotisme qui fut le dénominateur commun de leur motivation. »
Oliver North fut conseiller de sécurité nationale et le chef visible de la Contra à la Maison Blanche. En 1989, le Parlement du Costa Rica l'accusa d'être l'un des responsables du réseau « drogue contre armes » dans ce pays. Il fut l'une des personnes graciées par Bush et, à quelques votes près, il faillit être élu au congrès.
Cela peut paraître incroyable, mais les preuves sont là, dans ce rapport et dans d'autres : jamais la mafia colombienne n'aurait acquis autant de pouvoir sans la guerre antisandiniste de la Maison Blanche.

VI

« C'est un fils de pute, mais c'est notre fils de pute », répondit le président Franklin D. Roosevelt quand on lui reprocha de recevoir le dictateur Somoza en grande pompe. D'autres militaires et hommes politiques, fils de la même engeance, arrivèrent et arrivent encore, de Cuba, d'Haïti, d'Argentine, du Venezuela, de la Bolivie, de la Colombie, etc., fuyant la justice pour avoir violé les droits humains. Ils méritent protection pour avoir servi les intérêts étasuniens. Luis Posada Carriles, ex-homme de main de la CIA, terroriste avoué et responsable, entre autres crimes, de l'attentat contre un avion de Cubana de Aviación, est protégé par le grand voile de l'impunité. Il y a longtemps que le clan Bush l'a pris sous son aile. Le 22 septembre 1988, en pleine enquête sur le financement de la Contra, le législateur Tom Harkin demanda, en son absence, au vice-président Bush, le « tsar » antiterroriste : « Si M. Posada, collègue de travail d'un associé proche du Vice-président [il fait référence à Félix Rodriguez, l'homme de la CIA qui transmit l'ordre d'assassiner Che Guevara] et allié depuis longtemps du conseiller de sécurité nationale de M. Bush [Donald Gregg], a pu passer au travers du filtre de la Force spéciale chargée du terrorisme du Vice-président, nous avons le devoir de nous demander sur quels autres terroristes internationaux le Vice-président ne s'est pas donné la peine d'enquêter [...] Il semble que vous considériez certains types de terrorisme international comme moins dangereux ou, pour le moins, moins dignes de faire l'objet d'une enquête que d'autres. [...] » Il n'y a jamais eu de réponse. Posada vit à Miami, car le président Bush, le fils à présent, l'y a autorisé.

VII

Les coups d'Etat ne sont pas de l'histoire ancienne en Amérique latine et continuent d'être organisés depuis le même lieu. Le président bolivien Evo Morales a été sur le point d'expulser l'ambassadeur étasunien. Celui du Venezuela, Hugo Chavez, a fait des efforts surhumains pour ne pas le faire. L'ex-évêque Fernando Lugo n'avait pas encore fini de s'installer dans son bureau de nouveau président du Paraguay, qu'il dénonçait la préparation d'un coup d'Etat. On dit que si un renversement de président n'a pas pu avoir lieu aux Etats-Unis, c'est parce qu'à Washington il n'existe pas d'ambassade des Etats-Unis. Quand en Amérique latine, un dirigeant politique ou un militaire nationaliste ne plaît pas à Washington, il est possible que son hélicoptère ou son avion « ait un accident ». Le général Omar Torrijos au Panama et le président équatorien Jaime Roldos en sont la preuve. Nous savons tous que Chavez est dans leur ligne de mire. Le président équatorien Rafael Correa doit prendre sa sécurité au sérieux. En ce qui concerne les plans contre Chavez et Correa, Washington a un complice en la personne d'Alvaro Uribe, président de la Colombie. Ce n'est pas pour rien qu'on l'appelle « le Sharon de l'Amérique ». Il est effrayant de constater que la faisabilité de ces crimes semble si « naturelle ».

Pour Washington, tuer est aussi normal que voler. Terrorisme. Mais ce sont eux, et ils ont presque réussi à convaincre de la nécessité du leur.

Hernando Calvo Ospina. Collaborateur au Monde Diplomatique. Auteur, notamment, de : “Colombie, derrière le rideau de fumée. Histoire du terrorisme d'état”. Le Temps des Cerises, Paris 2008.
[ Ajouter un commentaire ] [ Aucun commentaire ]

# Posté le lundi 15 septembre 2008 13:06